Mohamed Ghussein

Conakry s’est réveillé le mardi 26 novembre dans l’effroi et l’horreur en découvrant le corps sauvagement mutilé de Mohamed Ghussein ,cadre au Ministère des Finances. Un mois plus tôt Ibrahima Kalil Diané, responsable financier au Haut Commissariat de la Réforme de l’Etat a été abattu dans le quartier de Taouyah de la Commune de Ratoma. Ce même jour deux autres personnes sont fauchées par une rafale de mitraillette dans le quartier de Bonfi-Matam. A Pita à l’intérieur du pays ,les assassinats crapuleux sont récurrents . Même les personnes du troisième âge ne sont pas épargnées , c’est ainsi que Mme Bineta Diallo a été agressée et tuée alors qu’elle retournait à Soguiah son village. Dans la même cité, les attaques à main armée contre de paisibles citoyens plus ou moins fortunés sont courantes. A Kankan à l’est du pays, la découverte d’un corps décapité a créé le désarroi au sein de la population. A Labé ,les braquages suivis d’agressions à mains armées font florés. Cette énumération est loin d’être exhaustive, car ne concerne qu’une infime partie des crimes commis en toute impunité dans tout le pays.

La hiérarchie de la gendarmerie nationale avoue publiquement son impuissance à endiguer la vague de criminalité qui sévit dans le pays et surtout dans Conakry . Cette carence est perçue comme une incitation implicite de recourir à « des services privés » pour assurer la sécurité publique. Là aussi ,l’État défaillant a abdiqué devant ses responsabilités régaliennes à savoir « assurer la sécurité des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire national , sans aucune discrimination, et ni préférence  ». Ce constat n’est guère une surprise . En effet l’Agence Nationale de Lutte contre la Corruption dans une récente publication indique que 90,4 % de la police nationale et de la gendarmerie sont corrompus. De son côté le Document de Stratégie et de Réduction de la Pauvreté DSRP III (2013 – 2015) pointe du doigt les questions d’insécurité et de violence comme les causes fondamentales « de la fragile stabilité politique, sociale, et économique du pays ». Cette situation poursuivent les rédacteurs du document « a engendré des crimes de toute nature sans que les pouvoirs publics n’interviennent de manière efficace, faisant ainsi fuir les investissements directs étrangers nécessaires à la promotion du secteur privé ». Ce jugement, certes sévère édulcore toutefois une réalité encore plus révoltante et également lugubre.

Lors du procès à la cour d’assises de Conakry en décembre 2012 , un jeune délinquant surnommé « Souka » avait fait des révélations surprenantes. Il avait porté des accusations précises devant les camera de la RTG, contre la haute hiérarchie de la police nationale ,le commandant Resco Camara gouverneur de la ville de Conakry, le Général Toto Camara à l’époque Ministre de la Sécurité et certains chefs d’escadron de la Gendarmerie Nationale comme étant à la tête d’un réseau mafieux qui écumait Conakry et ses environs. La gravité de ces propos n’a pas suscité au niveau des autorités politiques et judiciaires les attitudes dignes de responsables soucieux de l’intérêt national. A maints égards , cette troublante passivité met en lumière une collision entre milieux affairistes, politiques et le grand banditisme de la sous-région.

Ce contexte explique pourquoi l’assassinat de Mme Boiro est un secret d’Etat bien gardé avec en contrepartie la nomination de son mari comme ministre au lendemain de l’exécution de la directrice nationale du trésor public. La gouvernance d’Alpha Condé est de ce point de vue dangereuse pour la stabilité de la Guinée. La criminalité galopante en Guinée ne peut exister sans une complicité passive et active des plus hautes autorités du pays. Cela participe à créer un climat de terreur au niveau des populations afin de réduire les libertés publiques et assurer le triomphe de l’affairisme et de la médiocrité dans le pays. Pour ne rien arranger le narcotrafic a repris bel et bien pied à Conakry avec la bénédiction bienveillante de la gouvernance laxiste et affairiste des autorités actuelles.

La Guinée est en danger . Les guinéens se sentent abandonnés et impuissants face à la violence d’État que les forces de l’ordre se rendent quotidiennement coupables en toute impunité . Les tueries d’Abdoul Aziz Baldé, d’Amadou Baïlo Barry et de Mamadou Dalaba Barry en marge de manifestations pacifiques de citoyens guinéens illustrent la barbarie persistante des régimes au pouvoir en Guinée. Le retour complet à « l’ordre constitutionnel » n’est qu’une gageure pour permettre la continuité d’un système prédateur , violent et rétrograde. Or, c’est cela la racine du mal guinéen. Il est par conséquent légitime de se battre pour un véritable changement démocratique en prenant en charge les problèmes des citoyens guinéens. Aussi le combat contre l’insécurité participe à cette action citoyenne et doit mobiliser toutes les énergies positives de la société guinéenne. Les forces sociales ,les autorités morales et religieuses du pays, les organisations des droits de l’homme et de la société civile , et les associations des jeunes de tout le pays doivent unir leurs efforts pour créer un vaste mouvement national contre l’insécurité et contre la violence d’État. Le syndicat du secteur des banques et assurances ,la FESABAG a déjà indiqué la voie à suivre car s’engager ouvertement contre l’insécurité est aussi un autre moyen de sauvegarder l’outil de travail.

Ne rien faire ,c’est tacitement encourager la répétition de ces tragédies et céder à la peur. A l’unisson tout le monde doit faire entendre le ras de bol national devant ces crimes impunis. Le sursaut citoyen est indispensable pour empêcher que le navire « guinée » ne chavire en emportant corps et biens!

Aux familles de toutes les victimes , mes sincères condoléances et ma profonde sympathie.