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BAH Oury: Le Spectre De La Guerre Civile Menace La Guinee: Il Est Urgent D’Agir!

July 22, 2013

LE SPECTRE DE LA GUERRE CIVILE MENACE LA GUINEE : IL EST URGENT D’AGIR !

 

Mon cœur saigne de tristesse suite aux nouvelles tragiques qui proviennent de la Guinée-Forestiére au sud du pays. Depuis le début de la semaine, une jacquerie oppose  deux communautés de la région, les Koniankés et les Guerzés. De sources bien informées le nombre des victimes est hallucinant mais le sens de responsabilité nous commande de ne pas le communiquer pour ne pas accentuer le désarroi et la terreur  qui  se  sont  emparés  des  populations  sudistes.  Il  est  urgent  qu’une commission   d’enquête  internationale  sous   l’égide   des   Nations  Unies   soit constituée pour faire toute la lumière sur cette nouvelle tragédie en Guinée.

 

Comment une exécution extra-judiciaire d’un présumé délinquant issu de la communauté Konianké peut elle embraser toute la région comme une traînée de poudre semant la mort et la désolation aussi bien dans les villes comme Nzérékoré, Koulé, Yomou ,que dans les zones rurales ? En vérité, de manière récurrente des conflits meurtriérs ensanglantent  Nzérékoré et ses environs. En mai 2011, un simple fait divers transforme Gallapaye en terre d’affrontement entre Konianké et Guerzé. La Cour  d’assises  de  Kankan  qui  avait  siégé  pour  juger  cette  affaire  condamne sévèrement les prévenus guerzé avec plusieurs sentences de mort.Cette   partialité flagrante de l’instance judiciaire a été douloureusement ressentie par les populations autochtones de la région comme un mépris à leurs égards.En août 2012, les villageois de Zogota sont attaqués en pleine nuit par les forces de sécurité guinéennes . Les images du macabre massacre de six  paysans dont le chef de village et le doyen de la contrée avaient fait le tour du monde. Là aussi, leur crime avait été seulement de réclamer bruyamment des postes de manœuvres pour leurs enfants  dans la mine de fer Valé-BSGR de Zogota.

La logique répressive et meurtrière a toujours été privilégiée par les autorités guinéennes face à des revendications légitimes d’une part et une attitude partiale face aux contradictions inter-communautaires d’autre part, ont fini par ruiner toute crédibilité des représentants de l’Etat guinéen,y compris les autorités gouvernementales.Le   ressentiment des Guerzés et des Tomas est nourri par l’expérience collective de l’injustice et de leur rélégation comme des sous-citoyens sanctionnant une présupposée “infériorité”.

 

Cette situation délétére a été aussi encouragée par l’exacerbation des contradictions ethniques sous-jacentes entre les populations de la Guinée Forestiére par les autorités de Conakry depuis le début des années 1990 exploitant ainsi les prolongements de la guerre civile libérienne en Guinée. Il est notoirement reconnu que l’Ulimo fraction d’obédience konianké partie  prenante de  la  course au  pouvoir à  Monrovia a  été constituée ,entrainée, financée et instrumentalisée par Conakry. Depuis lors ,cette “armée de l’ombre” est devenue une milice armée que les autorités de Conakry du Général Lansana Conté en passant par le CNDD et jusqu’à Alpha Condé ont utilisé pour réprimer toutes les revendications populaires en Guinée.Si auparavant ,cette guerre secréte était masquée, aujourd’hui parcontre son instrumentalisation est institutionnalisée par la gouvernance sécuritaire d’Alpha Condé. C’est pour celà que l’année derniére malgré l’interdit du prefet de Nzérékoré limogé depuis lors ,plus d’un

millier  de  “donzos  armés  de  fusils  de  chasse” paradent  pendant  des  semaines  à Nzérékoré . Cette démonstration de forces n’avait pour but que d’intimider et terroriser aussi bien les guerzés que les tomas de la région.

 

Cette politique agressive et irresponsable se décline aussi dans la capitale Conakry que dans la région du Fouta Djalon. La milice armée qu’entretient Alpha Condé dans la capitale est incorporée clandestinement dans les rangs des forces de défense et de sécurité  nationales.C’est  celle-ci  qui  répriment  sauvageusement les  manifestations pacifiques de l’opposition. Au Fouta -Djalon ,il a officialisé l’existence d’une coordination régionale fantôche “la Coordination de la Moyenne-Guinée” qui promeut l’appartenance au mandingue-djalon de la population foutanienne ayant des noms de famille à consonnace “mandingue”. Là aussi ,la division est entretenue et exacerbée pour pousser les familles les unes contre les autres alors qu’il s’agit bel et bien de la même communauté ethnique et culturelle. Afin de justifier la présence de la milice privée dans cette région du massif montagneux, les donzos sont officiellement convertis en gardes forestiers et doivent également “lutter contre le vol de bétail”. Ce plan machiavélique n’a pour but que de faire rentrer le loup dans la bergerie.

 

 

 

Le voyage de M. Alpha Condé pour Abuja alors que son pays s’entre-déchire illustre éloquemment  le  mépris  qu’il  nourrit  à  l’égard  des  souffrances des  communautés guinéennes.   Son   indifférence   met   davantage   en   lumière   la   mal-gouvernance endémique du pays et le recours systématique à de violentes répressions qu’il affectionne. Une gouvernance autiste et ethnocentriste est entrain, de par ses carences d’entraîner toute la Guinée dans la persistance d’un conflit meurtrier qui de nature communautaire peut se prolonger rapidement en conflit confessionnel ravageur du type « Libérien ».   En fait , M.Alpha Condé déroule un programme d’occupation militarisée  de la Guinée par une milice privée qui lui est totalement dévouée. Aura t- il le temps de parachever ce plan dont les effets commencent à se faire voir? Seul l’avenir nous le dira.

 

Sa politique suicidaire a son revers ,car à terme elle expose la communauté malinké  face au ras le bol des autres communautés nationales. C’est ainsi que le 8 décembre dernier , Guéckédou à la lisière entre les régions de la savane et de la forêt, s’est retrouvé en flamme du fait d’une opposition entre populations Kissi et malinké . Plusieurs cas de décès furent dénombrés. Ceci est une alerte sérieuse que les élites de la communauté mandingue doivent prendre en considération. Leur passivité face à la dangeurosité de la gouvernance actuelle peut être interprétée comme une complicité active d’autant plus que la coordinantion mandingue ,entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2010 avait menacé   “de diviser la Guinée, si leur fils n’était pas choisi”. Cette déclaration avait été accueillie par une attitude couarde par l’ensemble de la classe politique nationale et par les autorités de la transition de l’époque. Aussi ,il est grand temps que les véritables sages mandingues et leurs   élites éclairées se démarquent radicalement des choix dangereux d’Alpha Condé.

 

 

 

La tragédie qui se déroule actuellement en Guinée ,me fait penser à la guerre civile d’Espagne dans les années 1930 .A l’époque,quelques rares esprits en Europe avaient compris que la   seconde guerre mondiale avait déjà commencé dans la péninsule

Ibérique.

 

Je souhaite ardemment que le spectre de la guerre civile épargne mon beau pays . Mais ceci ne sera qu’un voeux pieux si la gouvernance d’Alpha Condé continue. Son départ du pouvoir est devenu pus que jamais une nécessité pour sauver la Guinée et la sous-région.  Mon  inquiétude  est  encore  renforcée  par  le  fait  que  “les  accords politiques issus du dialogue inter-guinéen” tétanisent la classe politique guinéenne alors qu’ inexorablement une dynamique déstabilisatrice du pays se déroule sous leurs yeux comme un cancer qui s’empare des institutions étatiques et de la société toute entière.  Hypnotisée  par  une  hypothétique  élection  législative  l’opposition démocratique ne voit pas que l’urgence actuelle n’est autre que de sauver la Guinée et les guinéens d’un complet désastre. La dramatique situation qui prévaut dans la région de Nzérékoré interpelle aussi bien les citoyens guinéens que la communauté internationale. Ne rien faire, c’est le risque de voir la Guinée sombrer dans une guerre civile.

 

Si la Guinée brûle ,nous en   serons tous comptables. Il est impératif d’agir pendant qu’il est encore possible d’arrêter les massacres et de situer les véritables responsabilités.

 

le 18 juillet 2013

 

BAH Oury

Ancien Ministre de la Réconciliation Nationale

1er Vice-Président de l’UFDG

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